Gaz Métro financé par le Fonds vert

by / lundi, 24 juillet 2017 / Published in Communiqués

« Nous n’avons pas d’informations pour ces investissements du Fonds vert. Quelles seront les réductions de gaz à effet de serre ? Est-ce que cet investissement de 20 millions aurait été plus efficace ailleurs ? Nous n’avons aucun moyen d’évaluer la pertinence de l’investissement, par rapport aux objectifs du gouvernement », insiste-t-il.

Puisque le Québec espère réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % d’ici 2030, M. Mousseau estime d’ailleurs que « la solution n’est pas de passer du mazout au gaz naturel, mais plutôt de passer à l’électricité ».

Selon lui, le fait d’investir des millions dans une extension du réseau de gazoducs est donc une erreur. « On construit une infrastructure qui doit être utilisée pour au moins 50 ou 60 ans, alors que nous devons réduire notre consommation d’énergies fossiles, et donc éventuellement cesser d’utiliser cette infrastructure. »

La gestion du Fonds vert a fait l’objet de nombreuses critiques au cours des dernières années. Des documents du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) ont aussi révélé ce printemps que des centaines de millions y ont été investis, mais en ne générant que de faibles baisses d’émissions de gaz à effet de serre.

Qui plus est, le gouvernement a accordé de l’aide provenant du Fonds vert à la pétrolière Suncor, un important exploitant des sables bitumineux, à Canadoil Forge, qui fabrique des portions de pipelines pour TransCanada, à la multinationale Alcoa, à la minière Arcelor Mittal ou encore à Bombardier.

Nous n’avons aucun moyen d’évaluer la pertinence de l’investissement, par rapport aux objectifs du gouvernement

Normand Mousseau, ancien coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques

Gaz de schiste

Par ailleurs, Gaz Métro distribue de plus en plus du gaz « non conventionnel », soit du gaz de schiste ou provenant de « réservoirs étanches ». L’exploitation de ces ressources, qui a soulevé une vive controverse au Québec, nécessite des opérations de fracturation hydraulique.

Est-ce que l’entreprise est en mesure de préciser quelle est la proportion de ce type de gaz naturel dans son réseau ?

« Il n’est pas, à l’heure actuelle, possible de pouvoir le relier à sa source de production et donc, à son procédé d’extraction », indique Catherine Houde. Elle explique qu’il existe « de nombreuses interconnexions en Amérique du Nord sur le réseau gazier ». Il n’est donc pas possible de connaître la « provenance exacte » du gaz qui circule dans le réseau au Québec.

L’entreprise admet toutefois que le gaz de schiste est de plus en plus présent. « Il est possible d’affirmer que, comme il y a de plus en plus de production non traditionnelle de gaz naturel en Amérique du Nord, la proportion de ce type de gaz naturel qui entre au Québec va en augmentant. »

Les prévisions sur la production de gaz naturel provenant de l’Office national de l’énergie et de l’Energy Information Administration, aux États-Unis, indiquent que le gaz de schiste et celui des réservoirs étanches continueront d’augmenter au cours des prochaines années. Il devrait représenter entre 70 % et 90 % de la production d’ici 2035.

Or, l’exploitation de ces ressources « soulève de nombreuses questions environnementales », souligne Normand Mousseau.

Selon différentes études publiées au cours des dernières années, le gaz de schiste pourrait être nettement plus polluant que le gaz naturel conventionnel. L’exploitation par fracturation émet en effet d’importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre qui peut être au moins 30 fois plus puissant que le CO2, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Outre les impacts climatiques, cette exploitation peut nécessiter jusqu’à 10 millions de litres d’eau pour chaque forage. Certains redoutent aussi la contamination des sols et des eaux souterraines

Marc Brullemans

Porte-parole du comité vigilance hydrocarbures de Trois-Rivières
Twitter:  https://twitter.com/CVH3RIVIERES
Coordonnateur interrégional « Nord » du Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec
Membre biophysicien du collectif scientifique sur la question du gaz de schiste

 

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