Lettre ouverte concernant un placement par la caisse de dépôt

by / dimanche, 07 décembre 2014 / Published in Communiqués, Nos actions

Envoi d’une lettre ouverte aux médias

 

La Caisse de dépôt et de placements du Québec dans les sables mouvants bitumineux?

7 décembre 2014

Lettre ouverte adressée à :

M. Robert Tessier, Président du conseil d’administration et membre des comités Gouvernance et d’éthique et Ressources humaines, Caisse de dépôt et placement du Québec

M. Michael Sabia, Président et chef de la direction, Caisse de dépôt et placement du Québec

C’est avec indignation que nous avons appris, le 18 novembre dernier, que la Caisse de dépôt et placement du Québec (la Caisse) a de nouveau investi dans les entreprises pétrolières de l’Ouest et leurs partenaires. M. Michel Munger, dans son article sur la chaîne d’information Argent (2014-11-18), précisait que la Caisse a haussé de 70 % sa participation dans la compagnie TransCanada. Au lieu d’augmenter ce type d’achats, nous préférerions sortir nos investissements de l’univers pétrolier, avant que ce pétrole ne soit la cause d’un désastre environnemental. Si la majorité des Québécois (70 %) ne veulent pas se faire imposer le méga projet Oléoduc Énergie Est, il est évident qu’ils veulent encore moins y investir leur bas de laine collectif ! Nous invitons la Caisse à reconsidérer certains placements en fonction de sa politique d’investissement responsable.

Par ses investissements dans l’industrie du pétrole des sables bitumineux, un des plus sales au monde, la Caisse supporte un secteur qui met à risque, non seulement notre économie, mais également le Saint-Laurent, avec ses habitats naturels, des zones écologiquement sensibles et même le climat de la planète. L’extraction des sables bitumineux produit plus de gaz à effet de serre (GES) que le pétrole conventionnel, ce qui amplifie, par conséquent, les dérèglements climatiques. Si un désastre écologique se produisait dans le Saint-Laurent, il y aurait de graves conséquences pour les espèces aquatiques et pour la vie des personnes qui vivent près des rives du Saint-Laurent. Ce pétrole lourd est presque impossible à récupérer dans l’eau, surtout pendant l’hiver. Il est illusoire de penser que TransCanada ou d’autres compagnies pourraient neutraliser tous les dégâts dans le fleuve après une catastrophe. Et il n’y aurait aucune possibilité de retour en arrière. Un risque même le plus minime est inacceptable : L’eau est la première ressource naturelle du Québec, plus précieuse que l’or ou tous les métaux et hydrocarbures (coalition Eau Secours, eausecours.org).

Les investissements de la Caisse dans le pétrole de l’Ouest doivent-ils être mis en lien avec sa décision de financer la cimenterie de Port-Daniel (100 millions), laquelle servirait à brûler les résidus de raffinage de ce même pétrole? S’il se réalisait, ce projet serait un des projets industriels les plus polluants de l’histoire du Québec qui ferait à lui seul augmenter de 10 % les émissions de GES de notre secteur industriel.  Nous ne voulons pas que le Québec devienne une poubelle de l’Ouest canadien, ni une autoroute du pétrole sale.

Dans une publication de l’Institut de recherche en économie contemporaine (Se sortir la tête du sable, http://www.irec.net/upload/File/note_de_recherchecdp14fevrier2012.pdf), les auteurs considèrent que les allers-retours de personnes, à des postes de direction des filières gazière et pétrolière vers certaines de nos institutions publiques telles qu’Hydro-Québec et la Caisse, ont rendu possible le virage du modèle énergétique québécois vers le développement des énergies fossiles. Selon les auteurs, ces personnes « … se sentent dans leur droit d’imposer des projets à la société québécoise en prétendant qu’ils généreront de la richesse ». Ceci pourrait bien expliquer, du moins en partie, pourquoi notre transition vers une économie plus verte se fait autant attendre au Québec.

Ces placements de la Caisse dans le pétrole sale, son transport, et même la destruction des résidus de raffinage au Québec, annulent les effets des placements qu’elle a déjà mis dans les énergies vertes et favorisent l’envahissement de ces compagnies chez nous. La Caisse met ainsi les Québécois dans des situations insoutenables face à des risques environnementaux inconsidérés, des intrusions sur des terres fertiles et, de plus, elle compromet les économies sur lesquelles nous comptons.

Il est urgent de nettoyer notre bas de laine afin de réorienter les fonds qui lui donnent une … mauvaise odeur. Que pourrait donc faire la Caisse pour rendre vivante sa politique d’investissement responsable et le code d’éthique et de déontologie de ses administrateurs?

Nous demandons à la Caisse de choisir des placements qui respectent les droits des communautés du Québec : avoir accès à une eau publique de qualité et la préserver, vivre en paix et en sécurité dans un environnement sain et protéger les espèces et les territoires qui les font vivre. La Caisse peut davantage tenir compte du principe de précaution et s’abstenir de contribuer au transport du pétrole des sables bitumineux au Québec, par pipeline, par train, ou par bateau. Plus globalement, devant l’urgence climatique, la Caisse doit éviter d’investir dans des entreprises qui affectent le climat mondial en produisant des quantités énormes de GES.

Nous croyons plus que jamais à un réel modèle québécois, un modèle durable qui développe et met à profit nos ressources énergétiques vertes.

En ce sens, nous demandons à la Caisse de dépôt et de placement du Québec de respecter notre identité et notre dignité québécoise en adoptant une stratégie de financement qui reflète vraiment l’esprit de sa mission.

Les membres du mouvement citoyen Alerte Pétrole Rive-Sud

C. C. Monsieur Carlos Leitão, Ministre des Finances du Québec

Madame Francine Martel-Vaillancourt, Présidente du CA, Régie des rentes du

Québec

Monsieur Denys Jean, Président-directeur général, Régie des rentes du

Québec

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